mardi 3 septembre 2013

Blogueuse sous Protection Rapprochée !

Le 3 aout 2013 est une date que je ne n'oublierai jamais. Ce jour-là je devais partir en Corse pour participer à une conférence programmée depuis des mois et des mois. Le matin, mon père m'a déposée à l'aéroport pour m'envoler envers l'ile. Mais une fois, devant le comptoir d'enregistrement, j'ai éclaté en sanglots. J'avais l'impression que j'allais étouffer étouffais... Je ne pouvais pas partir.Je ne voulais pas partir.  Je voulais rester en Tunisie puisque la situation politique engendrée par deux assassinats politiques successifs était vraiment très délicate. Je voulais continuer à être présente au sit-in du Bardo qui a été entamé en réponse à l'assassinat de feu Mohamed Brahmi. Comme beaucoup de jeunes tunisiens je réclamais et je réclame toujours la dissolution de l'Assemblée Constituante qui a non seulement perdu toute légitimité en dépassent la date fixée pour l'élaboration d'une nouvelle constitution mais qui s'est aussi montrée incompétente et inefficace sur tous les plans. J'ai appelé mon père pour lui faire part de mes soucis et pour lui demander de venir me chercher. Il n'était pas content. Il tenait à ce que j'honore tous mes engagements mais il a  fini par me comprendre. Une fois, chez moi je suis restée dans ma chambre à bouquiner jusqu'à ce que je suis tombée entre les bras de Morphée avant d'être réveillée par mon frère qui m'informait que la police était devant chez nous et qu'ils ont demandé à me voir. Il m'a conseillé de me cacher quelque part puisque mes parents ne pouvaient pas imaginé autre chose à part une arrestation. 

Je suis montée sur le toit de la maison et je guettais la conversation entre mon père et les agents de sécuritéd'en haut . J'essayais de comprendre ce qui se passait mais en vain. Du toit, je pouvais observer deux voitures de police . Je torturais ma cervelle  pour me rappeler des dernières « bêtises » que j’ai commises  et qui pouvaient être derrière  cette visite. J’ai beau cherché mais je ne me suis rappelée de rien. Je respectais les règles de l’art dans mes écrits. Je me retenais pour ne pas insulter et pour éviter de tomber dans la provocation gratuite ou la diffamation, sachant que les gens actuellement au pouvoir ont choisi une méthodes des plus pourries : Dis ce que tu veux, tu feras face à la justice. Des procès de liberté d’expression et de liberté d’opinion il y’en a des dizaines chaque mois visant les journalistes et les blogueurs comme les citoyens aussi. Il ne faut jamais critiquer ces gens au pouvoir qui se sont aussi annoncés les garants de la religion et les représentants/avocats de Dieu/Allah sur terre.

Je critiquais ...


 Les quelques minutes qui se sont écoulées m'ont semblé des heures...

Quand mon père est retourné c'était la grande surprise; la police n 'était pas là parce qu'on me reprochait un déraillement mais ils étaient là pour m'assurer une protection rapprochée puisque  mon nom figure sur une liste de liquidation. Pas un détail de plus ! Je n'arrivais pas à assimiler la nouvelle. J'avais l'impression que ma vie allait prendre un nouveau tournant. J'avais trop peur de perdre ma liberté. 

Au début c'était très difficile de m'habituer à la présence armée à mes cotés mais jour après jour j'ai commencé à prendre la chose positivement surtout que toutes les équipes de sécurité font tout pour que je me sente à l'aise et travaillent professionnellement et avec passion. 

Le 28 aout 2013, le Ministre de l'Intérieur a organisé une conférence de presse pour informer le peuple de la situation sécuritaire du pays. J'étais dans un salon de coiffure pour m'offrir un brushing pour être prête à la conférence à laquelle je devais participer le lendemain à Ancone en Italie quand la conférence  a commencé. Je suivais difficilement à cause du bruit des séchoirs ... Mon coeur battait la chamade. 

On a donné différents faits dans un ordre chronologique croissant, puis ont a  exposé les noms des personnes arrêtées et ceux des personnes visées par des assassinats, j'étais soulagée car mon nom n'y figurais pas. Puis on a montré une vidéo des aveux de l'une des personnes arrêtées mais je n'y ai pas prêté beaucoup d'attention. Soudain , mon père m'a appelée. Sa voix était tremblante et pleine d'émotion. Je crois qu'il pleurait :
-As tu suivi la vidéo du terroriste arrêté par la police ? 
-Non il y'a beaucoup trop de bruit.
-Il mentionnait ton nom clairement.


Vidéo du dit-terroriste 

Je ne savais plus quoi dire. J'ai fermé la ligne et je me suis perdue dans mes pensées.Quelques minutes après on a présenté d'autres listes et décidément ce n'était pas mon jour de chance. Non seulement mon nom y figuraient mais on parlait de mon frère aussi mais le nom mentionné était faux. Mon frérot n'a rien d'un Faouzi.




Et la vie continua...

Le lendemain je suis partie à Ancone pour honorer mon engagement .
Mais en rentrant 48 après, je fus surprise en apprenant que des journaux électroniques ont lancé une rumeur annonçant ma fuite du pays.

J'étais dans tous  mes états et c'est ce point là que je voudrais éclaircir:

J'ai toujours rencontré des difficultés et j'ai toujours été menacée en Tunisie. Cependant, je n 'ai jamais songé à m'en aller. J'ai eu des dizaines de propositions pour aller m'installer ailleurs mais j'ai toujours décliné ce genre d'offres. Je veux rester ici et je ne partirai jamais. J'aime mon pays et je crois fortement que le jour viendrait ou l'on pourrait y vivre  dans la liberté et la dignité. Les menaces ne me font pas peur et je continuerai à m'exprimer librement comme je l'ai toujours fait. Je continuerai à exposer les maux de mon peuple à travers mes mots et je ne baisserai jamais les bras. Non je ne me suis pas enfuie !





Article de Tunis Hebdo paru le 2 Septembre 2013



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