jeudi 27 mars 2014

"Le Challat de Tunis" un film de Kaouther Ben Hania

Dimanche dernier j'ai été invitée à une projection restreinte du film "Le Challat de Tunis " de la jeune réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hnia . 

Le film nous ramène à une époque que nous avons vécu il y'a un peu plus de dix ans . L'époque du "Challat" qui a privé bon nombre d'entre nous de sommeil … une époque ou la réalité et les rumeurs nous ont fait vivre un cauchemar. Une histoire dont tout chacun a parlé mais dont personne n'en a connu la fin ou le dénouement. "Le Challat" n'a jamais été arrêté. Mais notre réalisatrice  part à sa recherche. 

Le film s'ouvre avec une scène à laquelle la majorité des cinéastes, documentaristes, journalistes, blogueurs, activistes ont déjà eu droit.  Notre jeune réalisatrice commence son voyage à la recherche du "Challat de Tunis" devant la prison de Mornag ou les gardiens l'empêchent de filmer malgré l'autorisation de tournage  qu'elle brandissait.  
 Le gardien parle d'ordres et d'instructions et c'est un premier clin d'oeil à un changement qui tarde à venir. Les habitudes et les pratiques ne changent et n'évoluent pas. Une caméra ça choque, ça fait peur et ça dérange. Que cache t'on derrière ces murailles? 

Et le voyage se poursuit . Le documentaire et la fiction se confondent mais les messages passent clairement . Dans un café populaire réservé aux hommes les propos des hommes choquent ou je dirais me choquent . Pour eux le crime du Challat est justifiable : 

ـأنا راجل تحبني ما عنديش غريزة ؟ 
Je suis un homme comment pourrais je me retenir  ?
ـ نخزر لنسا تونس كل قحاب 
Je  considère que  toutes les femmes  tunisiennes  sont des pûtes 
ـ الطفلة اللي ما تحترمش روحها لازمها تتشلّط 
La jeune fille  qui en se respecte pas  devrait être   blessée avec une lame . 


La réalisatrice  lance un casting pour retrouver le  "Challat" . Elle colle  des annonces partout en priant le challat de l'appeler . Pendant le casting une dizaine de jeunes hommes se présentent en se proclamant "challat" mais l'un d'entre eux Jalele  s'attaque  à la réalisatrice verbalement en expliquant qu'il est le vrai "challat " que le rôle doit lui être  accordé parce que c'est lui qui a été vraiment arrêté , torturé par la police , a comparu devant la justice.

En vérifiant avec les autorités concernées il s'avère que la personne arrêtée  est Jalel et notre réalisatrice part à sa recherche dans son quartier populaire . Mais est ce le vrai "Challat"? 


La réalisatrice poursuit sa recherche. Elle suit Jalel dans son quotidien et le documentaire et la fiction s'enchevêtrent . 



Le film critique une société patriarche et conservatrice  qui considère la femme comme un être inférieur qui doit être surveillé et protégé  par  les hommes ou par les êtres de sexe masculin . Le corps de la femme est perçu comme une propriété commune que tout les citoyens doivent surveiller . La femme n'est pas libre de son corps et doit le protéger . 

Le "Challat " devient un jeu vidéo ou le "Challat" s'attaque seulement aux femmes sans voile . Celles qui le portent s'épargnent la blessure aux fesses du fou furieux . Un homme religieux consulté par le créateur du jeu lui assure que le but du jeu est noble et qu'il peut le lancer. 


"Le vierginomètre", un appareil crée par une femme d'affaires  pour détecter si une femme et vierge ou pas avant la mariage est un autre volet de notre histoire. 

Le film dépeint  les maux et les maladies d'une société toujours à la recherche de son identité , une société dont les valeurs changent si rapidement .

Les témoignages de femmes attaquées par le "Challat" sont si émouvants. L'une des victimes parle de blessures engendrées par la langue , par les paroles et estime qu'ils sont aussi  douloureux  que ceux engendrés par la lame  du " Challat" . 

Un film intéressant à voir dans les salles tunisiennes prochainement ( à partir du 1 er Avril) .





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