jeudi 5 mars 2015

"Est ce qu'on a un jour été libres"?

Un certain 5 Octobre 2012, j'avais écrit un article intitulé 'Free Until When"? pour le le Huffington Post UK dont voici le lien  . Et comme certains d'entre vous peuvent le constater je me suis inspirée de la campagne du lancement du bureau de RSF en Tunisie  après des années et des années de silence forcé pour la majorité des Tunisiens.  Des années durant lesquelles tout un pays s'est retrouvé muselé.Une époque ou  nous vivions sous une véritable chape de plomb. Je disais alors que la  campagne de RSF me semblait prémonitoire puisque son slogan était "libres jusqu'à quand?" .

Nous étions tous sous l'euphorie révolutionnaire et nous savourions un semblant de liberté fraichement acquis tout en croyant que l'acquisition de cette liberté était définitive et durable. 

Personnellement je n'y ai jamais cru puisque  à l'époque des procès liés à la liberté d'expression avait déjà été entamés. Dans mon texte, j'avais évoqué celui de l'affaire Persepolis ainsi que celui de l'affaire du journal Ettounissia dont le propriétaire et le rédacteur en chef ont été poursuivis par la justice à cause d'une photo montrant un joueur de football tunisien enlaçant sa compagne.

Chaque fois ou je passais à coté de l'un des panneaux de RSF installés un peu partout dans les rues et qui montraient simplement un papier  froissé et déchiré  avec le slogan "libres jusqu'à quand?", des centaines d'interrogations traversaient mon esprit et  hantaient mon cerveau. Mes sentiments et mes pensées étaient mitigés. D'une part j'étais fière de l'aboutissement d'une lutte infatigable et inlassable contre la censure et pour la liberté d'expression à laquelle j'avais participé d'une manière ou d'une autre et d'autre part j'avais des inquiétudes par rapport à l'évolution des choses. Comme beaucoup de jeunes je soupçonnais le début de l'installation d'une nouvelle dictature à la place de celle qui a commencé à s'effriter ou avec elle. Des signes étaient d'ores et déjà là ...Je savais que rien n'était acquis ...je disais souvent que la lutte devait se poursuivre et que la révolution n'est pas achevée et qu'il s'agissait plutôt d'un processus révolutionnaire qui devait se poursuivre jusqu'à la réalisation des objectifs de la révolution qui ont poussé les Tunisiens à défier le pouvoir et à offrir leurs poitrines nues aux matraques et aux balles des forces de répression et à inhaler les gaz et à dormir sur les places publiques. 



Aujourd'hui si j'évoque cet article c'est parce que je suis toujours sidérée par une scène que j'avais vécu hier en participant à un rassemblement de soutien aux familles des martyrs lors du procès  des accusés dans leur assassinats devant la cour de cassation. En effet un responsable des forces de l'ordre a essayé d'empêcher les journalistes de couvrir le rassemblement médiatiquement. Je suis aussi stupifiée par les nouvelles successives  des agressions perpétrées contre des journalistes et rapportées par le syndicat  des journalistes et les différentes organisations travaillant sur la liberté d'expression. Mais je suis aussi choquée par une mésaventure que j'ai vécu il y'a deux jours. 



Je devais intervenir dans la conférence #WomenX qui allait avoir lieu à la Faculté de Médecine Ibn Al Jazzar et organisée par d'Associa-Med Sousse; les comités:SCORA et SCORP à l'occasion de la Journée Internationale  de la Femme avant d'être informée  de l'annulation de l'évènement par le Doyen de la Faculté pour les raisons suivantes: 



comme l'indique le communiqué  des comités organisateurs : 




Je ne trouve pas les mots pour commenter de tels incidents.Je n'ai plus la force de m'exprimer face aux atteintes multiples à la liberté d'expression et dont les trois exemples que je viens de mentionner ne en sont que tout un petit échantillon.Je ne vais pas revenir sur les  procès répététifs  contre  des journalistes , des blogueurs, des chanteurs de rap , des artistes de graffiti et autres j'en ai déjà parlé à plusieurs reprises ... Tout ce que je peux dire en ce moment c'est que je suis vraiment perdue dans ce flou et devant l'incertitude et je ne terminerai pas par  par dire "Libres jusqu'à quand "? mais je finirai par "Est ce qu'on a un jour été libres"? 







2 commentaires:

  1. Chère Lina,
    Ils sont trop nombreux ce qui comme toi ont le courage de résister.
    Ce qui dans ce monde fait la force des oppresseurs est trop souvent la résignation des oppressés.
    Je livre à tes lecteurs ces quelques phrases et je te souhaite beaucoup de courage.
    Jean Pierre Lavergne
    http://www.jeanpierrevarlenge.com/r%C3%A9sister-exister/les-moutons-de-panurge/

    " Les hommes nés sous le joug, puis nourris et élevés dans la servitude, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés et ne pensent avoir d'autres biens ni d'autres droits que ceux qu'ils ont trouvés ; ils prennent pour leur état de nature l'état de leur naissance.

    On ne regrette jamais que ce qu'on n'a jamais eu. Le chagrin ne vient qu'après le plaisir et toujours, à la connaissance du malheur, se joint le souvenir de quelque joie passée. La nature de l'homme est d'être libre et de vouloir l'être, mais il prend facilement un autre pli lorsque l'éducation le lui donne [...] Ainsi, la première raison de la servitude volontaire, c'est l'habitude. Ils disent qu'ils ont toujours été sujets, que leurs pères ont vécu ainsi. Ils pensent qu'ils sont tenus d'endurer le mal, s'en persuadent par des exemples et consolident eux-mêmes, par la durée, la possession de ceux qui les tyrannisent."
    Étienne de La Boétie, philosophe, poète et ami de Montaigne, né en 1530. Discours de la servitude volontaire

    " Ce qui permet au mal de progresser est l'inaction des hommes de bien. "
    Edmund Burke

    "Pour être un membre irréprochable parmi une communauté de moutons, il faut avant toute chose être soi-même un mouton."

    Albert Einstein, Comment je vois le monde

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  2. Errata :... trop PEU nombreux... bien sûr

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