jeudi 21 juillet 2011

Notes de Lecture Estivale: Kant et la Petite Robe Rouge de Lamia Berrada-Berca

"Quand le voile noir est tombé sur sa tête pour la première fois elle n'a rien dit. C'est cette fois-là qu'il aurait fallu crier pourtant. Pleurer. Hurler. Mais ne rien dire... Comment est-ce possible d'accepter de n’être qu'une chose qui agite les bras, qui avance les pieds, qui garde tous les automatismes d'un être vivant, qui sait même rire d'elle avec ses comparses, et qui demeure cependant sans voix, hors de la vue et de la vie d'autrui?".

Ce passage du livre "Kant et la petite robe rouge" de Lamia Berrada-Berca et édité par La Cheminante  m'a  tout de suite interpellée et m'a beaucoup fait réfléchir.Une réaction normale pour moi puisque je me suis toujours battue pour la liberté des femmes et contre l'assujettissement des femmes, dont le voile présente pour moi l'un des plus grands signes. Cependant l'intensité de cette réaction fut très grande cette fois- ci. C'est lié aux circonstances dans lesquelles je vis en ce moment, les circonstances dans lesquelles une  partie des Tunisiens qui croient en la liberté, la laïcité et la liberté des femmes vivent en ce moment . Notre belle Tunisie se voile en noir, un habit qui n'a jamais fait partie de nos traditions, un habit moche qui occupe nos rues et hante nos nuits d'insomnie...



Dans ce  petit roman de 101 pages, la professeure de lettres modernes nous raconte l'émancipation d'une jeune musulmane vivant en France de son burqa. Tout le récit repose sur le désir de cette jeune femme pour une robe rouge, exposée dans l 'une des vitrines de la station Couronnes , seul endroit que la jeune femme, Aminata connaissait... " A trente-trois ans elle a envie, oui, pour la première fois elle saurait, elle pourrait l'exprimer à peu près ainsi: elle a envie de cette robe rouge."

Un rouge évoqué à travers les pages du livre à plusieurs reprises. Un rouge très symbolique: " Depuis toujours le rouge est une couleur qui la fascine. Il y' a dans ses souvenirs le sang du mouton versé au pays les jours de fête, auquel s'est ajouté un jour le sang versé sur les draps des noces. Et toujours le sang revient comme un refrain mêler obscurément plaisir et douleur, sceller le cri de la chair morte avec celui de la chair vivante.  Le rouge n 'est pas une couleur, dans son histoire, c'est juste un cri." 

Progressivement, on découvre la vie d'Aminata, sa relation avec son monde , sa famille et surtout avec a fille qui contrairement à tous ses camarades de classe ne peut pas aller voir de films au cinéma car son père estime que cela est inacceptable pour une jeune fille. Aminata accepte son quotidien de femme voilée même si elle  considère  son évolution dans le monde extérieur comme: " (une) incursion dans l'espace public".

Une robe et un livre atterri  tout à fait par hasard sur la paillasson de la porte en face changent la vie d'Aminata et ce n'est pas n'importe quel livre c'est celui de Kant : " Qu'est ce que les lumières?" , une phrase en particulier "mais ces lumières n'exigent rien d'autre que la liberté; et même la plus inoffensive de toutes les libertés, c'est à dire celle de faire un usage public de sa raison dans tous les domaines."

Puis un autre livre , le livre sacré, un deuxième contact avec les livres et  qui sera déterminant pour Aminata: " Qu'est ce que les lumières? Lisez. Vous y verrez plus clair. Vous verrez qu'aucun précepte dans le livre sacré ne dit que vous serez réduite au cendre au Jugement dernier si vous ne portez pas ce vêtement. Aucun précepte religieux ne repose sur un simple bout de tissu. Aucun précepte , 'indique que vous serez maudite."

Un récit envoûtant dans une langue simple et délicieuse. Une bonne lecture d'été ... une invitation à la réflexion..

2 commentaires:

  1. Charmante votre fiche de lecture, mais il ne faut pas céder trop vite aux stéréotypes réducteurs. La preuve réside peut-être dans les résultats montrés par cette belle enquête anthropologique publiée l'année dernière par Mohamed Kerro chez Cérès Edition. Je vous passe le filon tout en vous souhaitant de passer de bien agréables vacances. http://www.kapitalis.com/kultur/39-livres/647-tunisie-le-lnouveau-hijabr-selon-mohamed-kerrou-.html

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  2. Bonjour

    En effet j 'ai lu le Livre de kerrou et je me rappelle que j 'avais écris quelques notes sur un de mes carnets , je vais essayer de les retrouver et écrire ma propre fiche de lecture la dessus. Bonnes vacances.

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