vendredi 8 juillet 2011

Notre Liberté d'Expression en danger?

Dernièrement je me suis beaucoup répétée en disant que la révolution est encore en marche , que le départ de Ben Ali n 'est qu'un petit pas sur un  long chemin. Le système pourri et corrompu est toujours en place. Je pense que l 'indépendance de la justice, celle des médias et la dissolution de la police politique ainsi que le questionnement des responsables dans tous les crimes commis contre le peuple tunisien sont les clés d'une vraie transition démocratique. Or ce qu'on observe maintenant est une régression par rapport à ce que nous avons vécus les tous premiers jours après le 14 Janvier.

Je vais parler du domaine que je connais le plus, celui de la liberté d'expression . Ce que j'observe aujourd’hui aiguise mon inquiétude. C'est vrai que suite aux événements du 14 Janvier que je n 'oserai pas appeler révolution le peuple tunisien à pu acquérir voire conquérir de nouveaux espaces d'expression:des quelques statuts d’indignation timides sur Facebook , Twitter et les blogs nous avons pu passer à des cercles de discussions dans les rues, des quelques répliques qu'on prononçait à la hâte en regardant à droite et à gauche nous avons pu organiser des débats dans des cafés et des salles de conférence . Cependant la question qui se pose est : est ce que nous avons réussi à préserver ces acquis ?

En effet, beaucoup de signes de régression ont fait leur apparition et beaucoup de mauvaises habitudes refont surface. 

Demain un journaliste Neji Khachnaoui comparaîtra devant la justice  suite à la publication de son article ou il dénonçait les corrompus du pays et demandait leurs questionnement et jugement. Ce genre de procès est une atteinte à la liberté d'expression. J'irai loin et je dirai que  c'est une menace à l'avenir du journalisme. 

Samir Feriani croupit dans sa cellule depuis plus d'un mois suite à des interviews qu'il a donné et ou il dénonçait des gens corrompus du Ministère de l'intérieur. Je ne connais pas le passé de ce monsieur mais je sais qu'il est emprisonné à cause de ses paroles...

 Un tribunal a donné l'ordre pour censurer les sites pornographiques et je pense que c 'est une atteinte à la liberté d'expression aussi. Aujourd'hui les sites pornographiques demain ... tout Internet et je en vais pas redonner mes arguments que j'ai répété pour me justifier devant ceux qui prétendent détenir la vérité et qui se prennent pour les seuls protecteurs de notre religion et des bonnes moeures.

Nawaat un blog collectif tunisien se trouve menacé d'un procès de diffamation. C 'est honteux quand on sait que ce blog a joué un rôle très important pendant les événements de la Tunisie et bien avant.

Aujourd'hui je m' auto-censure. Avant le 14 Janvier j’avais affaire au barbouzes de Ben Ali et à la cyber-police aujourd’hui j'ai affaire à des milliers d'utilisateurs de Facebook que je n 'ai jamais vu ouvrir la bouche auparavant et qui se prennent pour les uniques patriotes et les seuls protecteurs de la révolution et de la religion... Ce qui me fait peur c'est que ces personnes se cachent derrière des pseudos pour semer la zizanie sur les réseaux sociaux. Ils disent des mensonges et propagent des rumeurs. Ils s’attaquent à toutes les personnes actives bien avant le 14 Janvier et essayent de les discréditer en utilisant les mêmes méthodes de Ben Ali et ses policiers et propagandistes: la manipulation médiatique; montage vidéos mensongers , incrustation dans la vie privée des gens etc...Diffamation et appel à l'élimination physique et au viol sont au RDV.

Six mois après le soulèvement du peuple tunisien, nous commençons à perdre beaucoup de nos droits acquis par le sacrifice des martyrs tunisiens, six mois après la révolution j'ai de nouveau  peur pour ma parole ...



5 commentaires:

  1. tu sais lina, ton courage a inspiré beaucoup de personnes. ton combat pour la liberté d'expression est sincère et représente quelque chose de fondamental pour le présent et pour l'avenir du pays. ta peur aujourd'hui n'est pas sans raison et je l'ai deviné samedi dernier devant le théâtre municipal, j'étais en face de toi et je sentais ce mélange de courage et de peur qui transparaissait.
    je me permets donc de te donner quelques conseils, si tu le veux.
    1/ tu dois transcender le rôle de l'éternelle contestataire le temps et le hommes changent, la façon de mener le combat aussi.
    2/ il doit avoir un but à ton le combat, dans le sens de finalité, sinon c'est une perte de temps le tiens n'est pas claire.
    3/ il faut réapprendre a voir la moitié pleine du verre sinon à la longue personne ne te croira.
    4/ il faut avoir la foi... en quelque chose à toi de le trouver et pourquoi pas.. le dire.
    5/ tu est une égérie de la révolution et presque une icône c'est à toi d'en faire quelque chose d'utile pour le pays.
    6/ tu est jeune et tu as le temps de voir réaliser tes rêves. ne désarme pas et continue ton combat. la liberté est sans prix.

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  2. courage et persévérance : seuls mots d'ordre.

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  3. La limitation de l'liberté d'expression commence toujours par des allégations de diffamation. Il faut résister à des débuts. Par d'ailleurs, vous avez absolument raison que ce n'était pas une révolution, surtout dans la lumière de l'histoire. Par exemple, il n'y a eu aucun changement de propriétaire fondamentalement. Et n'oublions pas que dans les stations de radio et de télévision les mêmes personnes sont toujours responsables, pour mentionner un autre exemple. Vous le mentionnez encore et encore à juste titre. Ne laissez-vous découragé pas, vous avez absolument raison! Pour tout cela je vous admire!

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  4. Je pense que le mot "liberté" est relatif. Certes qu après le 14 Janvier, on aspire tous à une liberté longtemps attendue, mais je pense que le mot liberté aura toujours des limites. La liberté d expression et de presse a ses limites gérées réglementairement. Je pense ce qui nous manque c est d exercer cette liberté intelligemment. J'empathis Monsier Samir Feriani, je sale son courage d avoir osé parlé des corrompus de ZABA, mais j aurai souhaité qu il le fasse dans son cadre, chaque officier de police ou militaire ou la garde nationale... est ramener à ne pas divulguer les détails de sa profession, par exemple dans le cadre d investigation d une affaire, il pouvait témoigner. Tout ça pour dire, malgré tout, on peut arracher ce droit, la liberté d expression

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  5. courage Lina, tu sis au fond de toi que tu as raison. la liberté d'expression est la chose la plus précieuse dans la vie. mais c'est vrai que dans ce terme "liberté d'expression" ce qui fait le plus peur c'est le mot expression. et oui on as le droit de dire tout même des bêtises. mais rassures toi ceux qui te menace ou t'invective ne sont que des lâches qui cachent derrière un pseudo. Conserves ta liberté, tu as libéré la parole de ton peuple et de bien d'autre alors persévères dans ton action : les tunisiens ont besoin de toi.
    PS: j'ai acheté ton livre: une très belle explication de ce qui c'est passé
    COURAGE !!!!!!!!!!!!!

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