vendredi 31 mai 2013

Je cesse d'être hypocrite, je soutiens Amina!

C'est mon 900 billet sur le blog et je le dédie à Amina!

"Je cesse  d'être  hypocrite par rapport à l'affaire "Amina Tyler", j'ai rejoint le comité de soutien et j'expliquerai dans un texte ce soir ou demain matin ". 

C'est à travers ce statut Facebook que j'avais annoncé mon adhésion à la cause d'Amina Tyler . Malheureusement je n'ai pas eu le temps pour écrire mon texte comme je l'avais promis. Je n'avais pas accès à un ordinateur puisque j'ai fracassé le mien durant l'une de mes crises de nerfs . Maintenant que les choses vont mieux, je reprends mon clavier et j'écris ce texte. 

Je cesse d'être hypocrite parce que durant toute la période ou j'avais annoncé que je ne soutenais pas Amina je ne me sentais pas bien dans ma peau et je me haïssais. Plusieurs raisons m'ont empêchée de manifester mon soutien à cette fille que je considère comme une femme très courageuse et je ne me cherche pas des excuses. Je me suis trompée et j'ai été lâche et je l'avoue. Pour la première fois j'ai du faire un calcul et j'ai essayé de me protéger ou je croyais  que je me protégeais en rejetant le problème d'Amina et en jouant l'indifférente. 

Je ne suis plus moi même à cause de la pression que je subis depuis deux années. Je me sens menacée et je suis fatiguée et épuisée. Je continue à vivre en ayant recours à  des calmants et des somnifères. Les insultes, les menaces de mort, les campagnes de diffamation m'ont quelque part fragilisée. Je n'arrivais plus à faire la part des choses. Je voulais seulement avoir la paix . J'avais besoin d'une trêve mais je n'ai pas réussi à me convaincre de la nécessité de quelques jours de repos. Quand j'ai vu les photos d'Amina  pour la première,je suis restée bouche bée et j'ai eu des sentiments mitigés. J'étais à la fois contente et craintive. J'étais contente parce que je n'ai jamais pensé qu'une Tunisienne oserait faire cela. Je n'ai jamais pensé qu'une Tunisienne oserait leur dire: Cessez votre hypocrisie et laissez nous vivre paisiblement. J'étais contente parce qu'Amina défiait tous ces prédicateurs hypocrites venant d'autres pays pour nous apprendre comme être un bon musulman en se concentrant sur la femme et son corps. Leur centres d'intérêt majeurs variant entre la nécessité de porter le voile voire le voile intégral et l'excision. J'étais inquiète et craintive car j'anticipais déjà la réaction des hordes extrémistes et de monsieur tout le monde facilement influençable quand le discours se fait au nom de Dieu , au nom de la religion...

Au fond de moi même, je criais Bravo Amina tu as eu tout le courage du monde et tu as fait face aux insultes et aux attaques dans des circonstances particulièrement difficiles. Mais devant les caméras je n'ai jamais pu dire cela. Je le redis, j'ai été lâche. J'ai eu peur pour mes nerfs et même pour ma vie. Je ne voulais pas subir une énième campagne de diffamation. 

Chaque fois ou j'ai rencontré un journaliste ou j'ai fait une apparition médiatique, l'affaire Amina avait été évoquée et j'essayais d'y échapper d'une manière ou d'une autre; en disant que je ne soutenais pas sa manière de faire les choses mais je ne pouvais que soutenir sa liberté de s'exprimer de la manière qu'elle avait choisie. Cette attitude m'aurait épargnée des dizaines de messages et de commentaires d'insultes mais m'a fait vivre un cauchemar personnel. Je ne me respectais plus et je m'auto-torturais . Lorsque Amina a été arrêtée, ma souffrance a augmenté.

Le jour de son arrestation, les informations qui me parvenaient de la Tunisie alors que j'étais en Italie m'ont hantée . j'ai du comprendre qu'elle a profané une mosquée et qu'elle s'est dénudée pour provoquer les "salafistes".En faisant des interviews j'ai dit que l'action d'Amina était un peu exagérée. Et je voudrais ici m'arrêter un peu et parler des médias et de leur rôle négatif. Ces médias qui n 'arrêtent pas de nous manipuler et de nous servir  la même sauce : des rumeurs et des ragots. Rien qu'en regardant différentes chaines de TV hier après le procès d'Amina j'ai eu la nausée on ne montrait que les interventions des gens qui sont contre Amina. Une chaine privée parlait encore de la profanation d'une mosquée alors que les choses étaient bien claires. Amina n'a pas touché à la muraille de la mosquée et Amina ne s'est pas dénudée à Kairouan . Amina est partie comme l'ont fait beaucoup de gens pour faire face aux "salafistes" qui voulait envahir la ville et organiser leur conférence interdite par le Ministère de l'intérieur. D'ailleurs plusieurs appels  allant dans ce sens ont circulé sur Facebook. Suite à l'arrestation d'Amina la déclaration du Ministère de l'Intérieur sur sa page Facebook a été surréaliste: On l'a arrêtée parce qu'elle avait l'intention de se dénuder à Kairouan . Maintenant on arrête les gens pour leurs intentions! Un journaliste étranger m'a interviewée par e-mail un jour avant le procès d'Amina, il m'a posé une dizaine de questions pour n'utiliser que ma réponse à une seule question. En effet, m'ayant demandé qu'elles étaient les réactions des gens par rapport à ce qu'a fait Amina, j 'ai dit que la majorité des Tunisiens étaient indignés face à la manière de s 'exprimer choisie par elle. 

Contactée par son comité de soutien et ayant pris connaissance des accusations contre Amina, j'ai décidé de rejoindre  ces gens restés fidèles à leurs principes. J'ai toujours été contre l'injustice et je le resterai. Amina est libre de son corps , elle est libre de lutter à sa manière. Je soutiens Amina car un jour de 2007 j'ai partagé ma photo nue sur mon blog parce que à l 'époque aussi j'ai été attaquée par des intégristes, parce qu'à l'époque je voulais me réconcilier avec mon corps détruit par les cicatrices des opérations chirurgicales que j 'ai du subir à l'époque. Je détestais mon corps de plus en plus et quand j'ai fait ces photos et je les ai publiées je me suis sentie beaucoup mieux. Plusieurs personnes ne comprendront pas cela mais à chacun sa façon de dépasser ses maux et ses problèmes. Je comprends parfaitement Amina. Je soutiens Amina parce qu'un jour j'ai pleuré la mort d'un "salafiste" mort pour ses principes suite à une grève de la faim parce que nous avons tous été lâches , nous n'avons pas respecté ses idées et nous l 'avons laissé crever à cause de notre silence complice et je ne voudrais plus jamais revivre cela.

Je l'avoue je n'étais pas vraiment engagée dans l'affaire Amina mais aujourd'hui je le suis corps et âme surtout après la prononciation du verdict. Ayant pris connaissance des chefs d'accusation prononcés à son encontre je sais d'avantage qu'Amina subit une grande injustice. Elle n'est pas la première et elle ne sera pas la dernière. N'oublions pas Ghazi Beji contraint à s'exiler  et Jabeur Mejri  croupissant dans une cellule à cause de leur opinions et leurs choix idéologiques et religieux. Cessons de mentir ou je dirais cessons de nous mentir et faisons face à notre s hypocrisie voire schizophrénie. 

Personnellement je rêve d'une vraie Tunisie démocratique ou tous les Tunisiens peuvent vivre paisiblement et dignement . Je ne me rappelle pas que nous Tunisiens avions l'habitude de demander à une personne son affiliation partisane ou sa religion avant de l'inviter pour siroter un thé ou un café. J'espère que cela ne va pas durer ... et que nous dépasserons ce stage rapidement. 

A la fin je le redis: Amina je m'excuse j'ai été lâche mais je ne le serai plus. 






12 commentaires:

  1. Un texte émouvant .. Ne laisse personne te détruire la morale, reste toujours fidèle à toi même et réelle :)

    RépondreSupprimer
  2. Très beau billet! j'aimerais bien pouvoir le traduire pour un journal italien, car nous soutenons la bataille d'Amina et aussi la tienne, et celle de toutes les femmes tunisiennes qui luttent pour la liberté.

    Valentina

    RépondreSupprimer
  3. la militantisme ce n'est pas facile Lina
    c'est un long chemin...Il faut qu'ont résiste

    RépondreSupprimer
  4. Bravo Lina ! Ton article me réchauffe le coeur ! Big up pour ton soutien à Amina !

    RépondreSupprimer
  5. Merci pour ce témoignage ! Il a fait du bien aux troupes aujourd'hui croyez-moi !
    Je me permets de mettre un petit texte et le lien de la pétition à signer pour Amina..
    Merci !
    Amitiés
    Christelle Raspolini
    Membre du Comité de Soutien d'Amina

    RépondreSupprimer
  6. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais vous aussi, vous êtes mise nue pour la cause qu'Amina et vous, et beaucoup d'autres défendent. Quelque part, c'est cette époque du factice, que certains appellent hypocrisie, société du spectacle ou, plus affectueusement pour certains, le bling-bling, qui pousse, malheureusement diront d'autres, à se mettre dans le plus simple appareil pour qu'on daigne croire en la sincérité de ses revendications.

    C'est pourquoi il aura fallu qu'un Bouazizi s'asperge d'essence et se mettre le feu pour lancer un message sans équivoque : "On désespère vraiment par ici !", acte par lequel nul ne put contester la torture que vit le peuple Tunisien dans son ensemble et à degrés divers, dont on connaît les conséquences. Qu'y avait-il en effet de plus transparent comme appel à l'aide ?

    L'acte d'Amina également, c'est se dénuder pour mettre à nu ce là où le bât blesse. C'est en effet curieux comme cela put mettre de nombreux progressistes, de nombreux féministes, voire des femmes face à leur propre misogynie héritée et consentie. Des esprits autoproclamés libres, qui dénoncent le niqab comme instrument de soumission, ainsi inféodés à une pensée qui veut pourtant leur destruction, par je-ne-sais quel mécanisme d'autocensure, cachent ces seins à leur propres yeux pour n'y voir finalement que folie et égarement.

    Se mettre à nu de la sorte et pour la cause, c'est quelque part oser se donner et donner quelque chose que l'on ne reprendra plus jamais. Dans cette époque de l'apparence dans toute sa grandeur et dans toute sa décadence, cela demande beaucoup de courage.

    Vous en faites preuve Lina. Mes humbles félicitations.

    RépondreSupprimer
  7. t'as pas été hypocrite ..sur ettounissya ton message était prudent mais clair

    RépondreSupprimer
  8. Seulement les personnes de grand valeur ont la capacité de reconnaître leurs erreurs. Ce texte est formidable! Félicitations!

    RépondreSupprimer
  9. Encore, toujours, BRAVO Lina !

    Affronter à seins nus des dictateurs d'Europe de l'est, des religieux bornés de l'Europe du sud et du monde arabe... quoi de plus courageux et de plus déstabilisant pour des machistes qui sont restés au temps des cavernes du néolithique...
    Car le confinement de la femme dans l'aire du foyer et dans un rôle de reproductrice est bien antérieur à l'apparition des religions monothéistes sur l'arc méditerranéen.

    Pour le comprendre il faut relire le magnifique ouvrage (parution en 1966) de la sociologue, ethnologue (et militante de la cause algérienne) G. Tillion : "Le harem et les cousins", qui décrit parfaitement l'élaboration d'une société endogame où la femme était une richesse de la tribu au même titre qu'un... troupeau de chèvres.

    Malheureusement ce schéma fut consacré par les dites religions... avec les drames humains et le gâchis économique qui affectent en particulier aujourd'hui le monde arabe.

    A situation extrême, geste extrême qui dénonce avec violence l'appropriation du corps des femmes par des barbares.

    Un résumé du bouquin trouvé sur France culture :

    Germaine Tillion nous démontre que l'oppression des femmes, loin d'être le triste apanage de l'Islam, sévit aussi bien dans les pays chrétiens que musulmans dont aucun n'a su totalement repousser cet héritage de la préhistoire et du paganisme. Le pire est que cet asservissement ne profite à personne : l'aliénation des femmes aliène les hommes et appauvrit dramatiquement les régions où elle pèse le plus. Il aura fallu qu'une ethnologue célèbre remonte jusqu'aux origines de l'humanité, se fonde sur ses travaux scientifiques, interroge sa mémoire pour que nous soyons propulsés, incidemment, à l'avant-garde d'un féminisme jusque-là trop empêtré dans l'inventaire de ses différences pour analyser le mal commun qui frappe à la fois l'oppresseur, sa victime et la civilisation qui les porte.

    Lina, oublie ces barbares, tu es dans le vrai. On t'aime !

    http://www.jeanpierrevarlenge.com/

    RépondreSupprimer
  10. Maintenant t’es redevenue la Lina que j’admire :*

    RépondreSupprimer
  11. Maintenant t’es redevenue la Lina que j’admire :*

    RépondreSupprimer