jeudi 16 juin 2011

Samedi 15 janvier 2011


C'est un texte écrit par Pierre Bruneau au lendemain de la révolution tunisienne. Vous pouvez suivre son blog ici




Cette nuit, je me suis endormi étonné, et ce matin, je me suis éveillé tout aussi étonné.

Je vais souvent en Tunisie pour mes affaires.
J'ai dans ce pays de nombreux amis qui m'ont dit, la première fois que j'ai atterri à Tunis:
"Ici, tu peux dire tout ce que tu veux, mais tu ne dois jamais parler contre le Président..."

J'ai découvert un peuple paisible, accueillant, gentil, joyeux et aimant la fête, très éduqué, avec des cadres ayant fait des études supérieures, de très haut niveau pour certains, et parlant un excellent français hexagonal, un peuple entreprenant et travailleur, vivant dans un pays en excellent état de fonctionnement avec des infrastructures modernes et développées.

Mais j'ai également découvert un pays de délation, hyper-controlé par le pouvoir, avec, à ce que l'on m'a dit, une personne sur dix dans la police, d'une manière ou d'une autre.

Des portraits du président Ben Ali à tous les coins de rue, des policiers en uniformes ou des militaires à tous les carrefours, des policiers en civil dans tous les hôtels, des délateurs dans tous les endroits populeux.

Une opposition inexistante parce que jugulée, en prison ou en exil.

Tous les postes de responsabilité dans l'appareil de l'état tenus par des membres du parti du Président.
Tous les postes au plus haut niveau des affaires tenus par des membres de sa famille.

Rien, absolument rien, ne me laissait présager d'un quelconque changement de régime. Impensable, tellement la population vivait dans un état de soumission absolue à ce dictateur et à ses séides.

Et pourtant, en quelques jours, ce peuple excédé par tant d'années d'oppression et d'injustice, a secoué cette chape de crainte et de silence et a manifesté, au risque de sa vie, un courage insoupçonné, un courage vainqueur.

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